INTRODUCTION
Dans son article « Romanticism » tiré du Grove Music Online, Jim Samson explique que le romantisme artistique est la contrepartie « imaginaire » de l’émancipation de la politique libérale (pensons à la France de 1789) et de la philosophie de la subjectivité esthétique . Le romantisme musical partage donc avec ces évolutions politiques et intellectuelles la vision de l’individu comme force arbitraire . D’ailleurs, Alfred Einstein, dans son livre La musique romantique, mentionne que le symbole de l’époque romantique est la Révolution de 1789, car elle est « l’expression visible d’une transformation qui s’était préparée tout au long du 18e siècle : l’émancipation de la personnalité jusqu’à la liberté absolue; et la prise de conscience de cette émancipation par la collectivité tout entière » . Dans ces lignes, nous dresserons un portrait général de cette période musicale qui se déroule principalement à la première partie du 19e siècle et qui est surtout présente dans les pays germaniques. Nous verrons d’abord où se situent les compositeurs dans ce nouveau contexte social. Nous explorerons ensuite quelques antithèses si caractéristiques du romantisme en musique. Finalement, nous aborderons quelques généralités mélodiques, harmoniques et thématiques de l’époque romantique.
LE COMPOSITEUR
Avant le 19e siècle, la musique est plutôt utilitaire. Selon Einstein, « c’est Beethoven le premier qui à maintes reprises semble obéir au concept de l’Art pour l’Art » . Ses sonates, par exemple, ne sont plus écrites pour la distraction d’une société, ce ne sont plus des œuvres de salon, mais de « pures œuvres d’art » . Cette nouvelle attitude de Ludwig van Beethoven (1770-1827) face au monde lui confère « aux yeux de tout le Romantisme une valeur exemplaire » . De plus en plus de compositeurs se détachent donc de la société, ils s’y opposent même, en s’isolant toujours davantage . Cependant, l’isolement croissant dans lequel le musicien romantique vit ne reste pas sans répercussions sur sa personnalité et sur le caractère de son œuvre. Si, avant 1800, une œuvre devait être immédiatement accessible, le romantique, lui, au contraire, recherche l’originalité. Le romantisme musical est donc une époque avec des compositeurs ayant des langages variés, « d’où la difficulté accrue de tracer nettement la courbe de son évolution [du romantisme] » , nous dit Einstein. Dressons maintenant un portrait général du romantisme musical, en mettant l’accent sur ses antithèses.
LES ANTITHÈSES CARACTÉRISTIQUES
La première antinomie romantique concerne le lien qu’ont les compositeurs avec le passé. Chaque compositeur du 19e a ses préférences. Hector Berlioz (1803-1869) vénère Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et Beethoven, alors qu’il « exècre Bach et nourrit le plus profond mépris à l’égard de Haendel » . Johannes Brahms (1833-1897), lui, pour sa part, ne se comprend « qu’en fonction de la relation constante qui l’unit tour à tour à Beethoven, Mozart, Haydn, Bach et Haendel » . Une autre contradiction de l’époque romantique est l’appel de l’intimité incarné par l’œuvre de piano de Robert Schumann (1810-1856) et Frédéric Chopin (1810-1849) versus les grands déploiements des opéras de Carl Maria von Weber (1786-1826) et de Richard Wagner (1813-1883). On voit aussi naître une autre antithèse caractéristique du romantisme musical, soit la recherche de la subjectivité et, au même moment, de l’objectivité. La subjectivité peut être incarnée par Wagner, qui crée « un langage toujours plus personnel » , en comparaison à Franz Schubert (1797-1828) qui, dans sa recherche de la simplicité, hésite à « rompre le fil qui le rattache au passé » .
Il faut aussi mentionner qu’au 19e siècle, l’art en général se réfugie dans la musique que l’on vénère « pour son caractère imprécis et mystérieux » . Einstein précise cette idée en disant :
Si le Romantisme considère la musique comme le centre, le germe et l’origine première de tous les arts, il voit aussi dans la musique purement instrumentale, le centre de la musique tout entière et ce justement en raison de sa prétendu imprécision et de la diversité d’interprétation dont elle est, selon eux, susceptible .
On pourrait donc considérer « la musique pure » opposée à « la musique à programme » comme un autre paradoxe caractéristique du romantisme musical. D’une part, Félix Mendelssohn (1809-1847), dont les œuvres instrumentales ne peuvent être interprétées selon un programme, laisse libre cours à l’imagination. D’autre part, Brahms et Franz Liszt (1811-1886), pour ne citer que ceux là, créent des œuvres instrumentales inspirées de la littérature, voulant conférer à la musique une nouvelle intelligibilité .
LES GÉNÉRALITÉS
Pour certains compositeurs romantiques, le discours musical est centré sur la mélodie. Il s’agit souvent d’une mélodie accompagnée, dans laquelle le thème relève presque du style vocal (pensons à Schubert). Pour d’autre, c’est l’harmonie qui se transforme plus particulièrement. Si, dans la période classique, on se sert de l’harmonie principalement pour son rôle structurel (forme sonate), durant la période romantique, l’harmonie est recherchée pour ses couleurs. De plus, elle est souvent le résultat du mouvement mélodique, ce qui accentue le chromatisme et l’instabilité harmonique. Nous pourrions aussi affirmer qu’un point que tous les compositeurs romantiques ont en commun est leur sensibilité à la sonorité et aux couleurs orchestrales. En ce qui a trait aux thèmes, les musiciens s’attachent sensiblement aux mêmes thèmes qu’en littérature : la Nature, par exemple son crépuscule, sa lune et ses étoiles; la mort aussi, l’amour impossible, le mysticisme et le religieux. Mais, par dessus tout, c’est la nuit qui devient « l’un des plus puissants symboles du Romantisme » .
CONCLUSION
Il faut retenir du romantisme musical qu’il est difficile de rassembler tous ses compositeurs sous une même bannière, d’enfermer un compositeur dans une seule catégorie. Retenons plutôt que le romantisme en musique c’est autant la révolte contre le passé que la déférence envers ces mêmes prédécesseurs. C’est l’intimité autant que l’extraversion, la subjectivité d’une symphonie et l’intelligibilité d’un poème symphonique. Il faut retenir également que le romantisme musical c’est l’émancipation de l’individu jusqu’à une rupture avec les conventions sociales auxquelles il a été soumis. C’est l’épanouissement harmonique dans toutes ses couleurs orchestrales, mais c’est aussi le règne de la mélodie qui chante le désespoir de l’âme romantique.
à l'âge de 18 mois Guillaume Sérieux disait déjà ses premiers mots. Imaginez aujourd'hui! Dernières publications : Montée de laid, Schoenberg et la tonalité et Je suis Dieu. Voir tous les articles par Guillaume Sérieux
