J’ai essayé de m’écrire, de m’inventer. Je n’ai réussi qu’à me nuire, qu’à m’enduire d’espoir goudronné, de vertu noire, de moutons morts, de pleur sec. Je ne suis aujourd’hui qu’une épitaphe verbale. La durée de mes pensées, la dureté de mes volontés ne seront jamais que mi-mots mis à dos plutôt qu’à nu. Je suis sans saveur sinon qu’arrière-goût d’un crachat sur une feuille blanche blanchît à la chaux d’un cœur de pierre. Je suis le pouls hurlant de mon bras gauche. Je suis si triste et sans pitié. Je suis vortex de négation, militant du mal être, l’écume des bouches, vengeur égoïste, autodétruit; mes veines me sont inconnues, inutiles, trop présentes et détestables. Je suis douleur et esclavage, menteur et clivage, je suis horreur et sabotage, mineur et montage. Mes vertèbres me feront tombées, me trahiront comme l’argent et l’or. Même le bronze me laisse d’une peau blanche blanchit à la javel, prochaine liqueur de mes nuits moroses, atroces, angoissées, maculées. J’écris depuis toujours mes adieux que je ne saurai me donner comme je n’ai rien su prendre. Ce ne sont que des mots de bienvenue, de désespoir, d’émancipation, d’aliénation, d’outrage au tribunal et de cri vide de son comme une plume sans encre, un homme sans femme, ni enfant. Mon corps ne s’imagine pas être grand : ma tête s’atrophie et mes lèvres remuent. Bientôt j’arrêterai d’écrire et me concentrerai sur la rue et ses trottoirs tard le soir, passé minuit quand la nuit n’aura pas encore trouvé sa mie. Bientôt j’arracherai tous mes bateaux montés des eaux et les propulserai dans les miracles naissants, les idéaux, les climats changeants, les vents qui tournent, les têtes qui tournent au passage des hanches célestes inaccessibles pour un cœur assiégé sans siège éjectable. Tout ça, ceci et cela, par-ci, par-là, ne donneront que trois petits points, deux points ou des virgules. Magie modeste, l’écriture retarde la mort, ralentie les automates, endort ma tête, mes sentiments, mes chiens, mes loups et ce qu’il y a entre. Serait-ce la fin d’un texte ou la fin d’un ex qui a mal et qui n’a mots ? Je crois que non.
Maxime n'est pas un poète, il n'a que les doigts jaunis par les cigarettes. Il n'est pas non plus un mammouth. Dernières publications : Henry Ford, Relief et Àtoi. Voir tous les articles par Mammouth obsolète
