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L'Avortement

par Mammouth obsolète

L’histoire commence ainsi,
s’est déroulée sur un tapis,
feuilletée par l’annulaire jusqu’à la lie.
Lorsqu’on rapporte les faits
c’est que tout est terminé.
Après l’intro développée : tout est fini.

L’histoire commence ainsi.
C’est le récit d’une naissance,
un hommage, un don de sens.
C’est le poids d’un enfant vivant
plus lourd que la vérité d’antan,
les prophètes ou médias,
les origines scientifiques, va !
Dicté dans un langage construit à pas de bébés,
c’est un one-way-dead-end confondu en raccourci
pour les suites de chutes réchappées
et les premiers envols hors du nid.
Ce conte sur une route perdue titube,
s’éloigne d’une tombe offerte,
fuit les bras wide open d’une succube
dont les hommes rêvent, certes !

Les morts dominants
les mâles dépendants
et leurs descendants
de leur salive cultivent
les mensonges vivaces
au langage efficace.
C’est le non-dit qui ment,
pullule de sang.
C’est le non-dit qui ment,
bouscule et pend.
L’histoire commence ainsi
et les oreilles fertiles
entendront le subtile
lorsque les tympans séniles
rythmerons des sons futiles.

L’histoire commence ainsi.
Ouverture mélodique pour flûte de pan :
du bleu, du vert et du mouvement.
Protagonistes au compte de deux :
une vierge vierge et un vieux vieux.
La fille caresse le sable cru,
l’âgé aveugle chauve et charnu.

Comédiens ? Personnages ?
Ce que je raconte est souvenir !

Sous les cieux et les cumulo-nimbeux ,
sous les immenses conifères,
sous le toit à réparer,
la cabane à redresser :
ils sont là,
l’un l’autre sous leur couverture.
Ils écoutent le bruit des dernières gouttes soulagées de tomber.

Aparté de l’air à la terre,
ce laïus de pluie descendue,
l’écho de gouttes qui muent
donne un coup de guerre
superlatif sur l’infinitif
d’un verbe au débit furtif.

Ils sont là,
l’un et l’autre,
qui est l’un, qui est l’autre,
ils sont là,
chacun sous leur couverture.
Oui, bien là!
et les monologues éphémères
de cette division des eaux
le rappelle
p’tit peu par p’tit feu,
pas sans pas.
L’histoire commence comme si,
comme si l’action est inutile
comme un silence en conférence
cachant ses yeux fugueurs.

Dans la cabane à redresser,
ce sont des yeux voyeurs
qui font face aux yeux qui meurent.
L’épitaphe se plisse en kaléidoscope funeste,
clins d’oeil complices, stroboscopes sans geste.
Le gros grisonne et griffonne les détails,
les odeurs, les saveurs, sans leurs couleurs.
Pourtant ses bouts de doigts ont le droit
de toucher le bonheur
de deux seins vapeurs
aux parfaites rondeurs.
Tandis que l’autre, l’age en fleur, cette fraîcheur,
bourgeonne sans vergogne, sans être borgne
et jouit durant la nuit, d’une mise à jour
d’un prêt pubère, dans le sable cru de la cour.

Le début débute
et puis quoi ?
Une paire de verres fumés qui ne peut s’imager
la blanche frêle forme de nature mature
prête à tout songer.
Et puis quoi ?
Un lieu coi, interrompu.

Ce qui est discret le restera
Est perversité ce qui primera
le viol des africaines pour dîmes à Darwin,
l’importation européenne des esclaves slaves,
l’envoi au front d’ados-porte-étandard,
le pétrole et ses dérivés, leur partage
le tout sous-titré et en images
pour arroser la neurasthénie
chez les civilisés pays.

Bref, quand personne ne ri,
l’histoire s’arrête ainsi.

Maxime n'est pas un poète, il n'a que les doigts jaunis par les cigarettes. Il n'est pas non plus un mammouth. Dernières publications : Henry Ford, Relief et Àtoi. Voir tous les articles par Mammouth obsolète

commentations

Mammouth obsolète – 2008.06.03 9:59 PM

Merci pour l’étoile
qui que ce soit….

Rase ta Rate – 2008.06.03 11:37 PM

C’est bon en Cri**

e. – 2008.06.04 4:34 PM

Je trouve ça très profond.

Ça fait 3 fois que je le lis et à chaque fois j’ai l’impression que ça agit sur mon inconscient. Je ne saisis pas tout consciemment, mais il se passe quelque chose à un autre niveau.

Très riche.

Ton écriture est fascinante.

Mister Boy – 2008.06.06 9:26 AM

Pour moi aussi il y a un certain flou conscient mais c’est pas désagréable et il y a plein d’images et de tournure que j’adore!

Mister Boy – 2008.06.06 9:27 AM

*tournures

T. tranquille – 2008.07.14 4:57 PM

C’est de ce qui est le raconté que j’ai lu venant de toi. De ce qui est le plus narratif aussi, enfin ce que je veux dire c’est que c’est bon, je me laisse emmener, et tu réussis à me faire faire un tour vite fait bien fait d’une scène éternellement rejouée. Bon j’ai aimé ça, sauf peut-être la strophe à saveur politico-sociale.

T. Tranquille – 2008.07.14 4:58 PM

Ouf : C’est ce qui est le plus ’raconté’ de tout ce que j’ai lu venant de toi. ouin…

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