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par Rase ta Rate

Ha ! L’école. Sur 23 ans de vie, j’en ai passé 17 à étudier. Bon, j’avoue que le mot « étudier  » est un peu fort quand on sait que j’ai un DEC en Arts et Lettres, profil poésie automatiste. Mais après 17 ans, je peux m’avouer que je n’ai pas vécu que des jours heureux, oh ! Ça, non.

Je me souviens de mon premier jour à la maternelle. 8h25 le 3 septembre 1989. Sur mon dos j’avais mon minuscule sac à dos bleu, rouge et jaune, dans une main j’avais une pomme, dans l’autre, les doigts bleus trop serrés de ma mère. Selon elle, le passage à la maternelle se ferait mieux s’il s’effectuait rapidement. Alors rendues dans la cour d’école, ma mère m’a donné un bec dans le front, m’a souhaité bonne rentrée, puis est partie… avec moi accrochée encore après. Donc elle est revenue, a essayé de défaire la prise, pas capable, me graffigne, me frappe l’avant-bras, coup de pied, coup de coude, prise de l’ours, coco bong, finalement à la deuxième morsure plein de rouge à lèvres mes phalanges ont flanché pis ma mère s’est enfuie en courant. J’avais beau lui crier : « Maman, attends ! Va t’en pas ! Reviens ! La porte de l’école est barrée ! Il pleut et c’est toi qui a mon parapluie ! T’as encore ma boîte à lunch à ton cou ! Je saigne. Je suis hémophile.  »

Bref, il y a une madame qui a fini par me voir après une couple de minutes et m’a fait rentrer dans un portique décoré de dessins pas pire laids. Elle s’exclama, trop enjouée : « Salut ! Moi je m’appelle Louise. Toi, c’est quoi ton petit nom ?  » Ayant appris à ne jamais parler aux étrangers, je ne lui ai pas répondu. Pas avant trois semaines. C’était elle, ma maîtresse de maternelle.
Elle continua : « Bon, c’est normal que tu sois un peu gênée. C’est pas grave. Viens faire un dessin, on va l’afficher après sur le babillard dans le portique en attendant les autres amis.  » Et pendant que j’étais en train de me demander : de quels « amis  » elle pouvait bien parler (je connaissais que dalle un ami), Louise me poussa dans la classe et une douzaine d’enfants se retournèrent vers moi, gros sourire, entourés de leurs parents.

Sur le fait, j’ai pas trop réagi. C’est la seconde d’après, quand ma maîtresse m’a souligné : « Ta maman t’accompagnait pas pour la visite ?  », c’est à ce moment précis-là, à 8h37 le 3 septembre 1989, que j’ai ressenti pour la première fois c’était quoi être en tabarnak. Je passais du stade « mon idole c’est Cannelle  » au stade « mon idole c’est Ti-Brin  ».

Les autres élèves ont donc continué à arriver fièrement avec leur parent, pendant que je dessinais le Calinours révolté, avec le « A  » anarchique sur son bedon, directement sur le babillard avec un compas.
Par la suite, la visite s’est pas trop mal déroulée. On nous a même fait visité le local de sciences. C’était intéressant, j’ai fait fuir les parents en relâchant la mascotte Gazou la couleuvre. À la fin, Louise nous a gentiment reconduit au service de garde. Ça, c’est l’endroit dans l’école où des personnes qui se disent « éducatrices  » animent en te donnant des feuilles et des crayons feutre ou en te demandant de fermer ta yeule « parce que Ginette a mal à la tête.  » J’ai quand même eu du plaisir : j’ai eu le temps, avant que ma mère revienne me chercher, de mélanger les morceaux de 11 casses-tête différents.

En y repensant bien, l’école peut être considérée comme une étape assez traumatisante dans une vie. Mais au moins, pas juste pour moi.

Rase ta Rate est facile d'accès, agréable à l'ouïe et d'humeur à observer. Fanatique des petites choses de la vie, elle cherche à s'amuser. Allez, lisez! Dernières publications : Je fracasse, Besoin d'autres sources et Un jour je me lèverai tôt et je serai vieille. Voir tous les articles par Rase ta Rate

commentations

Mister Boy – 2007.09.28 4:42 PM

Content de te relire. Pis c’est chouette en plus, yé!

Rase ta rate – 2007.09.28 5:00 PM

Merci !

Mister Boy – 2007.09.29 12:49 PM

À ma première journée à la garderie, on m’a souhaité la bienvenue avec une pelletée de sable (frachaîchement tirée du carré) dans les yeux.

Le lendemain, on m’a séparé de mon petit frère pcq il était trop petit pour être avec les grands de 5 ans.

Le surlendemain, je me suis fait mordre et griffé par un gros petit gars maquillé en tigre… j’étais maquillé en étoile. On s’est battus. Je ne sais pas qui a gagné mais je suis certain d’une chose, il ne se rappelle pas de l’affrontement, moi oui.

J’ai aussi pleins de bons souvenirs de la garderie. Sans compter ceux que j’ai dû perdre suite à la commotion cérébrale en tombant du module de jeu de 4’ de haut…

Ah ! L’enfance et ses traumatismes sur mesure, ça prépare tellement bien à la « vraie » vie.

Rase ta rate – 2007.09.29 3:52 PM

Oh man ! T’en as bavé!
Mais, tsé, dans la vie, ça prend du monde comme toi, pis du monde comme moi…

Note : presque rien n’est vrai dans ce texte.

Mister Boy – 2007.09.30 12:31 PM

J’ai surtout mis l’emphase sur les bouts roughs, à cause du texte mais j’ai eu une enfance assez tendre somme toute.

Note : peu m’importe la véracité, le texte était bon.

Post note : moi c’est quand même vrai.

Föv Tuchte – 2007.10.01 10:40 AM

Ça m’a fait sourire. Bien joué.

Rase ta rate – 2007.10.02 1:01 PM

Je visais le rire.

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