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La ballade de la guit volée

par Mister Boy

Le six août de cette année, un dimanche, je devais accompagner une chanteuse pour un spectacle en plein air. Les répétitions s’étant bien déroulées et les autres musiciens comptant parmi mes bons amis, l’atmosphère était pour le moins guillerette, sinon carrément pimpante.

En après-midi, j’empruntai la voiture de ma mère pour transporter ma guitare, mon ampli et mes moults accessoires. Comme j’avais de l’avance, je me rendis avec ma compagne au Patro le Prevost avec l’intention de rendre mes bouquins pour ne pas payer l’amande venant avec le retard.

Nous nous garâmes à quelques secondes à pieds, presqu’en face de la bibliothèque. Je fus surpris de voir que ma compagne laissait son sac dans la voiture et lui en fis la remarque. Elle me répondit que de toute manière elle n’avait pas son porte-feuille. Je vérifiai que le coffre arrière était verouillé et nous traversâmes la rue. Il nous fut cependant impossible d’entrer porter nos livres car l’horaire avait changé pour l’été et le bâtiment était exceptionellement fermé le dimanche.

C’est en me retournant que je l’aperçu, le vil individu, l’infâme coquin, le pleutre, le goujat. Cet homme à vélo, que j’avais vu de l’autre côté de la rue et que j’avais pris pour un simple quidam, était en train de fouiller mon véhicule pour y prendre ma guitare et avait déjà sur son dos mon sac contenant une bonne partie de mon avoir personnel.

Je criai et me mis à courir, traversant les quatres voies sans me préoccuper ni des klaxons ni des voitures. La malchance voulu que je porte des sandales ce jours là. Je m’en défit tant bien que mal et couru pieds nus après mon voleur, criant aux passants de l’arrêter… ce que personne ne fit. L’instant me parut interminable et je le vois encore image par image, lui sur sa monture, s’éloignant de moi et de mes pieds meurtris, tournant sur une petite rue à sa droite, apportant avec lui mes objets les plus chers.

Les moments et les jours qui suivirent me furent très pénibles. Je fis mon rapport à la police : guitare unique de gaucher, faites à la main chez un luthier, probablement invendable mais irremplaçable, montre, sac, fils, pédales, accordeur, vêtements, souliers et le reste; 3000$.

Le concert le soir même se fit dans des conditions excécrables avec la mauvaise guitare, la mauvaise humeur, sans partitions et sans convictions.

Ma compagne et moi repassâmes sans cesse l’événement en revue, épluchant les scénarios. La porte était-elle barrée ? Pourquoi y avait-il un voleur au moment précis où j’avais toutes mes choses dans l’auto ? Pourquoi n’avait-t-il pas volé le sac de ma compagne qui ne contenait pas son porte-feuille ? Si je m’étais garé de l’autre côté de la rue, si au moins j’avais traîné la guitare avec moi, si j’avais su que la bibliothèque était fermée, si j’avais porté des souliers plutôt que de les avoir mis dans le sac avec lequel le voleur s’était enfui, si j’avais pris la voiture pour le rattrapper… autant de suppositions pour une invariable et triste conclusion.

Pour ajouter à ma peine, j’appris que les instruments des musiciens ne sont pas couverts hors du domicile puisque… c’est notre gagne pain ! Incompréhensible pour moi, logique pour eux; trop de risques.

Un des mes amis décida de sa propre initiative et le jour même du vol d’organiser une opération de surveillance d’une soixantaine de pawnshops à Montréal triés par quartiers et par routes. Chaque agent reçut un nom de code, des photos de la guitare, une liste exhaustive des objets volés, des instructions et un horaire précis… On baptisa l’opétation « Tigre affamé » en raison de la couleur de la guitare et de la détermination dont nous faisions preuve. Malgré tout, nos recherches demeurent à ce jour infructueuses.

De mon côté, j’entrepris d’organiser une collecte auprès de mes amis et fut étonné de la solidarité et de la générosité de mes proches comme de mes simples connaissances, je les remercie encore au passage !

Les jours puis les semaines passèrent et je pus racheter la majeure partie de ce que l’on m’avait volé. Mais voilà qu’hier, le mercredi six septembre 2006, un mois jour pour jour après l’événement, je reçois un appel d’une dame qui a retrouvé dans les vidanges (!?!) près de chez elle… une guitare, la mienne ! Elle a pu me joindre parce que l’étui contenait une facture avec mon numéro de téléphone !

Vous dire la joie et l’incrédulité que je ressentis alors m’est impossible. Je me répandis en bon mots et en courbettes de remerciement pour la dame. Je lui achetai une carte et une bonne, ou du moins dispendieuse, bouteille de vin.

Aujourd’hui, je vous écris tout cela en me demandant toujours le chemin que la guitare a pris pour me revenir. J’aimerais voir le film de son vécu depuis que je l’ai perdue de vue le jour où le voleur a tourné à droite sur la petite rue il y a un mois.

Je reste marqué par la générosité des gens et l’enchevêtrement de coïncidences, de malchance et de chance qu’il faut pour se faire voler et retrouver une guitare dans des circonstances semblables. Je remercie la vie et je chante la ballade de la guit volée.

Mister Boy, c'est un égo grand comme ÇA dans des souliers trop petits... With Great Powers come Great Catastrophies. Dernières publications : Voter stratégique contre les conservateurs, Le sang dans les voiles et Quatrième tournée. Voir tous les articles par Mister Boy

commentations

tamé – 2006.09.07 12:08 PM

J’ai essayé tant bien que mal d’apprendre à jouer avec ta guit, malheureusement y’a rien à faire, je suis nul. Donc, je l’ai mise à la poubelle.

blague à part, j’ai dévoré ton texte juste avant diné. C’était succulent.
C’est troublant des fois la vie.

Mister Boy – 2006.09.07 12:41 PM

P’t’être juste parce qu’elle est gauchère. Achètes-en une de ton bord pis je vais te donner des cours.

Jocelyn (ketch) bissonnette – 2006.09.08 4:40 AM

Tu sais, avec la mondialisation, il est possible que ta guitare soit tombée dans les mains d’un jeune prodige puis fut jouée de bon coeur par des tziganes pour se retrouver en chine communiste, ce avant qu’Alexander Pope ne l’utilise dans un de ses plus vibrant concert. Le tout se déroulant en un mois !

Ta guitare était rouge?

mama calissa – 2006.09.08 7:42 AM

J’ai hâte d’entendre la version chantée de l’histoire…
Heureusement que tu n’avais pas tes souliers aux pieds ce jour-là car tu nous aurais conté un presque vol(beaucoup moins intéressant à mon avis).Alors que là;tout ce déploiement de bonté,générosité,détermination et amitié c’est très encourageant.Comme quoi la proportion de bonnes personnes est encore plus élevée que celles des vilaines…

Mister Boy – 2006.09.08 11:31 AM

Ketch, la guitare est couleur bois légèrement orangé avec des genre de rayures… honnêtement ça m’a pris du temps à m’habituer à son look.

Mama, la ballade est une image, la toune reste à venir.

Föv Tuchte – 2006.09.08 11:58 AM

Woah… Je m’ennuyais de tes narrations romanesques et, ma foi, très enlevantes. Bien joué Mister Boy (clairement prononcé Mystère Boy).

Ceci étant dit, c’est vraiment bien que tu l’aies récupéré, parce que les mozus d’assurances (qui dans ton cas n’ont pas eu l’air très très assurantes) ça redonne un montant, mais ça redonne pas le sentiment (ou keukchoz de mêgne…).

Bref, longue vie à ta guit volée.

Simon J. – 2006.09.09 1:18 AM

Woahhh. C’est derrière chez moi ça ! La petite rue, ça devait être Evrett ? Ou pas loin.

Juste de même : peut-être trop tard avec tes assurances -si t’as déjà trop parlé- mais tu n’es pas couvert si c’est ton outil de travail, car tu entres dans la catégorie « assurances professionnelles ».

Suffit alors de montrer tes preuves d’un autre gagne pain (quand t’en as un) ou occupation à temps plein (étudiant) en insistant sur le fait que ton instrument et tes accessoires sont pour ton loisir.

Belle histoire en tout cas !

S.

Zipnick Zippenson – 2006.09.09 9:42 AM

Super histoire !

Pour les instruments de musique, il faut toujours prendre une assurance « à part ». Et je ne connais aucune assurance d’instruments de musique qui couvre les instruments quand on les voit par les fenêtres d’une voiture, barrée ou pas.

Alors laissez pas votre Stradivarius dans le char…

ë. – 2006.09.09 10:33 AM

Moi aussi, j’ai beaucoup aimé l’histoire. Très bien racontée.

C’est spécial. Je me demande ce par où elle est passée, cette guitare.

Bref, merci à la dame pour son bon geste.

Mister Boy – 2006.09.13 10:33 AM

Le problème de l’assurance « à part » c’est que ça coûte vraiment cher… j’avais calculé que j’avais moyen de me faire voler une bonne guit par 6 ans plutôt que de m’offrir l’assurance « à part ».

À la rigueur, je devrais me renseigner à nouveau sur le coût de l’assurance, mettre ce montant dans un compte chaque année et devenir mon propre assureur.

ë. – 2006.09.13 11:10 AM

Je me rappelle d’avoir checker chez Desjardins pour des assurances comme ça, mais moi c’était pour un appareil photo…qui devenait mon outil de travail.

J’étais assurée autant dans la maison que si je le trainais à l’extérieur…et c’était vraiment pas si cher que ça.

Je sais pas si c’est la même chose pour les instruments de musique, par contre.

Simon J. – 2006.09.13 2:19 PM

Je ne sais rien des détails de contrats d’assurance, mais j’ai une belle histoire.

Il y a quelques années, dans le char du Gros le bassiste, la nuit, hop, une serrure défoncée, une grosse valise disparue… Tous les micros du band, les stands, le filage, les direct-box, un ampli de PA, un rack de reverb cheap… Bref, un bon magot…

Mon assurance Desjardins veut pas payer, c’est du matériel professionnel qu’ils me disent.

  • Et si je me fais voler ma clé à molette professionelle pour mon hobby en mécanique, vous ne me payerez pas ? J’ai aussi un casque d’écoute professionnel pour écouter du Stravinsky, je suis pas assuré pour ça ?
  • Ben non là, qu’elle me dit, ça c’est un loisir.
  • Ben c’est ça, c’est un loisir pour moi la musique. On est pas des pros, on fait ça entre amis pour le fun.
  • Ah… Ok… As-tu une preuve que ce n’est pas ta profession ?
  • Oui, une maîtrise en théologie, 30 000$ de prêt et bourses et un emploi précaire comme assistant de recherche.
  • Ok, un agent va passer chez toi, montre lui tes preuves d’emploi et d’étude.
  • Merci madame.

Fin de l’aventure… L’histoire raconte qu’on a ensuite été chez Steeve gambader comme des joyeux lurons.

S.

Mister Boy – 2006.09.15 8:15 AM

Ouain, mon autre gagne pain c’est prof de guit chez nous. Mais je vais tchèquer les assurances de desjardins au cas où… pour une prochaine fois.

Mister Boy – 2006.09.15 8:17 AM

En passant Simon J, vous répètez où. On plus de local. On se l’est fait volé par un bureau de comptables ou qqch du genre… (je vérifierai ça aussi chez l’assureur)

Zipnick Zippenson – 2006.09.15 8:21 PM

Pour les assurances d’instruments de musique, j’en connais un rayon. Il y a Les Assurances Meilleur et le groupe Arcand, Hayhurst, Associés. Ça dépend du montant à assurer. Pour en savoir plus, demandez mon email au grand maître de Pochour.

Canette Premier – 2006.09.18 10:42 PM

wow. Elle était pas brisée ta guitare ? Grafignée?

Mister Boy – 2006.09.19 12:44 AM

Aussi belle que quand on me l’a volée. Les seules pucks, c’est moi qui les ai faites.

Mister Boy – 2006.09.19 12:58 AM

ZZ, tu peux m’écrire à incontournablemisterboy@hotmail.com
je suis curieux de mieux connaître les bonnes assurances de musiciens. Merci.

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