Dans le ciel noir, un croissant de lune doré se fait dévorer par un nuage gris. À l’abri de la nuit, sous les grandes branches de Monsieur Sapin , je viens de tomber sur un sol que je n’avais encore jamais pu touché. Je m’appelle Clémentine.
Je suis un fruit unique, mais j’ai toujours voulu être comme les autres. Les autres agrumes grandissent dans des arbustes au soleil, mais moi, c’est à l’ombre d’une branche du vieux Monsieur Sapin que je suis née et que j’ai poussé. Au beau milieu d’un parc, situé en plein cœur de la ville.
Ce soir, pour la première fois, je me sens mûre et bien en chair. J’ai envie de connaître d’autres fruits comme moi. J’ai attendu que le soleil soit couché pour quitter mon père, Monsieur Sapin. La nuit, le parc est plus calme que la journée, alors nous pouvons parler.
- Adieu Monsieur Sapin et merci mille fois pour vos soins. Lorsque j’aurai trouvé d’autres agrumes, je penserai très fort à vous !
- Il m’a fait plaisir de t’élever, ma chère Clémentine. Je m’ennuierai de ton parfum… Fais très attention à ton écorce, il ne faut pas l’abîmer ! Adieu.
Un peu triste de quitter Monsieur Sapin, je tente de me mettre en route, afin de rencontrer de nouveaux amis. De toutes mes forces, je réussis à prendre un élan et rouler sur quelques centimètres. Cette nuit, dans le parc, il fait très noir. Une bête pourrait se cacher n’importe où dans la pénombre et m’attaquer par surprise. J’ai peur. Si je roule jusque sous le faisceau du lampadaire, je pourrai voir autour de moi.
Sous Monsieur Sapin, je ne pouvais pas voir très loin, ses épines me cachaient du danger des humains. Maintenant que je suis libre, je ne sais même pas où aller. J’aimerais explorer tous les recoins de la ville, mais elle me paraît si grande ! Et s’aventurer toute seule, ce n’est pas très amusant… Je dois d’abord me trouver une amie agrume.
Il y a quelques jours, j’ai rencontré une autre Clémentine. Elle avait roulé jusque sous les branches de Monsieur Sapin pour se cogner à son tronc. De grands morceaux de pelure manquaient à cette Clémentine : une fillette venait de lui donner un coup de pied ! Avant de se décomposer, elle n’a eu que le temps de me dire d’aller rejoindre sa famille à l’épicerie, à deux coins de rue. Alors si je trouve cet endroit rempli de fruits, je trouverai une amie, c’est certain !
À la frontière du halo de lumière produit par le lampadaire, je reconnais le trottoir gris et froid que d’énormes chaussures d’humains piétinent toute la journée. J’ai bien fait d’attendre la nuit, puisque aucun pied ne se pose sur les dalles de ciment. Je peux m’y aventurer sans danger !
ZUT. Je suis prise dans une grande fissure que je n’avais pas vu. Je suis tombée entre deux dalles du trottoir et ma pelure est un peu abîmée. Comment vais-je faire pour me sortir de là sans me blesser encore plus ? Je suis trop lourde pour que le vent me pousse et pas assez forte pour sauter en dehors du trou. Je réfléchis… je réfléchis…
CHLAC. CHLAC. CHLAC. CHLAC.
C’est quoi ce bruit de pas ? Ce n’est pas rassurant… Deux gros yeux, un pelage brun, une langue pendante, une queue qui remue… AH NON, un chien ! Je ne veux pas qu’il me voit. Il pourrait croire que je suis une balle et me prendre entre ses crocs. Je ferme les yeux, pour éviter qu’il voit mon regard effrayé. AU SECOURS ! Son nez humide me renifle…
- Ne me touche pas ! Je ne suis pas une balle ! Je suis Clémentine. OUSTE !
- HÉ Clémentine ! Bonsoir ! Tu es tombé de ta branche ? Que fais-tu sur le trottoir, ce n’est pas un endroit pour dormir !
- Monsieur Médor ! FIOU ! Je suis contente que ça soit vous ! Vous êtes si gentil de ne pas me croquer…
- HA ! HA ! Ne t’inquiète pas. J’aime tellement ton parfum et je sais que si je te croque, ton odeur finira par disparaître. Je préfère venir te sentir lorsque j’en ai envie.
- Merci Monsieur Médor. Vous êtes un si bon chien. Pourrais-je vous demander un service ?
- Certainement. Lequel ?
- Hé bien comme vous le voyez, je suis prise dans une fissure du trottoir. Je cherche une amie agrume pour explorer la ville. Je sais qu’à l’épicerie, j’en trouverai. Le problème voyez-vous, c’est que je n’ai aucune idée du chemin à prendre pour y arriver.
- Aucun problème, Clémentine. Je te sors de là et t’y emmène sur-le-champ.
- Faites attention à ma pelure, s’il vous plaît.. Elle est déjà assez égratignée…
- HOP ! C’est parti mon RIKIKI !
Monsieur Médor n’a ni niche, ni maître. Il est un chien itinérant. Le jour, il se cache sous un arbre, pour dormir, et la nuit, il part à la recherche de nourriture. Un jour très chaud, il avait choisi les branches de Monsieur Sapin pour faire la sieste. C’est ainsi que nous nous sommes connus. Il est tellement gentil de me conduire à l’épicerie, je l’adore !
- Nous sommes arrivés à destination, Clémentine !
- Déjà ? Ce que vous marchez vite, Monsieur Médor !
- BWAF… J’ai appris à courir pour me sauver du danger. L’épicerie ouvre dans quinze minutes. Est-ce que je peux faire autre chose pour t’aider, divine Clémentine ?
AH ! Mais oui ! J’ai une idée. Je veux une amie agrume pour explorer la ville. Mais il est impossible de parcourir toutes les rues en roulant sur nous-mêmes, nous nous blesserions à coup sûr.
- Monsieur Médor, dites-moi, connaissez-vous tous les recoins de la ville ?
- Malheureusement non. Je ne connais que le quartier autour du parc.
- J’ai une proposition à vous faire alors. Vous m’aidez à trouver une nouvelle amie dans l’épicerie, puis nous partons, tous ensemble, à la découverte de la ville. Je veux voir tout ce qui est susceptible de m’émerveiller.
- WOW ! Tu en as de grandes idées, pour une petite Clémentine… J’embarque dans ton aventure. De toute façon, j’en ai marre de toujours dormir sous les même arbres… Ce sera amusant, j’en suis
certain !
- OH. Je vois des humains et la porte de l’épicerie est ouverte. Vite, entrons !
Monsieur Médor et moi devons être discrets pour ne pas nous faire repérer par les humains. Si on nous voit, on jettera Médor dehors à coups de pied et moi, je serai lancée sur un étalage de fruits.
- PSST ! Monsieur Médor ! Je vois une montagne de Clémentines, droit devant !
- C’est parti mon amie ! Je te donne un coup de queue pour que tu puisses rejoindre les autres et je t’attendrai caché sous le comptoir. Prête ? PAF !
- AAAAAH !
Me voilà sur avec des centaines de Clémentines ayant grandi au soleil. Leur couleur est plus vive que la mienne, elles sont plus jolies. Je ne suis pas jalouse, mais de voir leur beauté me rappelle le pépin que j’ai sur le cœur.
- Bonjour Clémentines ! Je m’appelle Clémentine, mais je ne viens pas du même endroit que vous. J’ai poussé sous la branche de Monsieur Sapin, au milieu de la ville. Je suis ici, parce que je recherche une autre Clémentine qui aurait le courage, avec moi, de parcourir la ville pour la découvrir. Un agrume serait-il intéressé ?
- Bonjour. Ici. Je suis ici, en dessous de la pile… Moi non plus je ne suis pas comme les autres Clémentines. Je m’appelle Mandarine. J’aimerais bien devenir ton amie. Est-ce que je peux partir avec toi ?
- Avec plaisir, Mandarine ! Mais nous devons faire vite, car Monsieur Médor, mon ami le chien, nous attend. Il ne faut pas se faire remarquer. Allez, sors de la montagne et suis moi ! Un, deux, trois, HOP !
Une centaine de Clémentines déboule sur le sol au même moment que Mandarine réussit à sortir du tas, pour sauter sur le dos de Médor. Nous devons filer à toute allure, pour pouvoir sortir avec Monsieur Médor avant que les humains nous rattrapent. Une chance qu’il court vite, ce chien !
Arrivés dehors, dans une petite ruelle, nous faisons connaissance. Mandarine, Monsieur Médor et moi nous entendons très bien. Je suis contente, j’ai trouvé deux amis avec qui explorer la ville. Nous sommes tous différents, mais pourtant, j’ai l’impression qu’au fond de nous se cache le même cœur. Je suis si excitée de partir à la découverte des merveilles que la ville a à nous offrir…
L'Enfant gazouille, babille, bamboche et galope avec ç q y p g j et tout ce qui a des pattes. Dernières publications : Du toi au nous, je te haimes., comme un ballOn et PM22. Voir tous les articles par L'Enfant