Près de cinquante voitures sont garées dans la rue menant à la charmante église du méconnu village d’Oncle-sur-Mère. Elles sont toutes décorées de fleurs et de condoms gonflés, coutume locale lors des mariages.
Longeant la rue en se dirigeant vers l’église, un pigeon les survole. Il laisse tomber quelques fiantes au passage, juste pour la forme, perpétrant ainsi la tradition et entretenant l’éternelle discorde pigeon-voiture.
L’affiche de plastique blanc ornant le parking annonce : Ce dimanche, l’union de notre chère Culbuta et M. Paul Lentier alias Paul « Tronc ». Une orgie bénigne à la salle paroissiale suivra la cérémonie.
Le pigeon se dirige vers l’entrée principale. Quelques retardataires se pressent dans le grand escalier de pierre. Comme s’il devinait les intentions du pigeon, un homme en smoking noir lève les yeux vers lui et s’écrit : « merde » (en effet).
Le volatile, indifférent, franchit les deux portes de bois hautes et larges et pénètre à l’intérieur. Il s’arrête pour prendre un bain d’eau bénite afin d’être digne du saint-lieu. Se faisant, il scrute la fresque touchante composée par les convives devant lui.
À gauche, les invités de la mariée en nombre nettement supérieur; Culbuta tenait à se marier dans son village natal. Les femmes sont habillées très légèrement, à se demander si la robe du prêtre ne contiendrait pas suffisament de tissu pour les habiller toutes. Elles sont jolies et souriantes. Les hommes sont plus gros, plus vieux mais tout aussi souriants.
À droite à l’arrière, quelques amis et membres de la famille du marié dont plusieurs éclopés.
À droite à l’avant, ses parents se tenant par la main. Elle n’a pas de bras gauche, lui pas de droit. À cause de cela, les gens ont tendance à croire que le fils soit un né-tronc, mais il n’en n’est rien. Les légendaires malchances familiales sont à la fois la cause de l’allure des invités, des parents, du fils et du peu d’assistance à son mariage.
Derrière l’estrade, un choeur d’enfants et d’adolescents barbus venus de l’étrager.
En plein centre, les troncs chouettement vêtus, le prêtre dans sa soutane blanche, K’pa et nul autre que Mister moi-même avec mon collant brun, cape d’apparat et mon rutilant super-casque ! Pas qu’il soit de circonstance mais ça leur fait plaisir que je le porte.
(Je vous entendais chialer depuis le début:"Mais où est Mister ? C’est quoi l’affaire du pigeon ? Je comprends rien. C’est platte. Gnagnagna. Gna-gna-gna." Calmez-vous, me voilà.)
Même quand on s’appelle Mister Boy, il y a des moments dans l’existance que l’on espère ordinaires, calmes, banals et sans anicroches : le mariage fait partie de ceux-là.
Jusqu’à lors, ça va comme sur des roulettes. Les convives baillent, sourient ou pleurent selon leur tempéremment. La chorale fausse. Le prêtre est ennuyeux à souhait. Son visage m’est vaguement familier et je me désennuie en tâchant de un, me rappeller où je l’ai vu et de deux, m’imaginer ce qu’il fera quand les troncs devront échanger les alliances ?
La cérémonie bat son plein lorsque je remarque que mon Popol semble distrait de son propre mariage. Il suit d’un regard intéressé le vol d’un pigeon qui est entré on ne sait trop comment mais que les gens ne semblent pas avoir remarqué. Ils sont trop absorbés par le prêtre qui entamme la phase du discours que tout le monde attendait.
- Si quelqu’un a une abjection (abjection, oui) à ce mariage, qu’il se taise à tout jamais ou périsse dans les feux éternels de l’enfer pour avoir gâché une si belle journée.
Le pigeon est maintenant juste au-dessus de nos têtes.
- Madame Culbuta, désirez-vous prendre le scabreux mais aimant M. Paul Tronc ici présent pour époux ?
L’oiseau lâche ce que je crois d’abord être une crotte parce que c’est blanc mais qui tombe lentement comme une plume et qui est en fait un minuscule carré de papier.
- Oué, j’en veux, de répondre poliment la future madame Tronc(mais qui a déjà tout ce qu’il faut pour le rôle comme vous savez).
Le papier tombe délicatement sur la table devant mon Tonqué, mais je n’arrive pas à voir à cause d’un gros et inutile cierge électrique. Le prêtre poursuit son oraison sans se préoccuper ni du papier, ni du pigeon.
- M.Paul « Tronc », né Lentier, désirez-vous prendre la ravissante mais souvent déplacée Culbuta ici présente pour épouse ?
À ce moment, Popol tente de lire le papier en ce penchant discrètement vers la table puisqu’il n’a toujours (hélas)pas de bras pour l’amener à lui.
- Hum ! Fait le prêtre sans même lever les yeux.
- Évidemment ! De répondre mon accolyte un peu brusquement.
Hums, tousses et murmures de désaprobation du côté de la mariée qui on le sait est en avantage numérique.
Faisant fi de cela, n’écoutant que son courage, Tronc se penche toujours plus en avant pour arriver à lire le fameux papier largué par le pigeon. Il est à environ 3 pouces du visage du prêtre qui poursuit sans relâche vers la phrase finale. Ça y est je sais où je l’ai vu!!
- Je vous déclare mari et Aaarghh…
Popol vient de mordre le cou du prêtre!!! Hums, tousses et mumures de désaprobation générale. Il va y avoir de la casse !
- Madames et messieurs, dis-je…
La chorale d’enfants barbus déchire à l’unisson ses vêtements pour dévoiler des nains (une troupe de nains pour être exact) armés de haches, nunchakus, grenades, statues de la sainte vierge et autres objets contondants.
La foule se met à hurler et se précipite vers les orifices (traduction locale des mots « exit » et « enter »).
Le prêtre donne un coup solide de pied à l’estomac de Tronc mais l’autre n’a pas lâché sa trachée qui se mais à saigner et à fumer (?! je m’en doutais, vous verrez).
Les nains se massent vers nous comme une armée de nains.
K’pa en saisi deux et leur rote des clous dans les yeux.
J’attrape et relance tant bien que mal les grenades, statuettes et autres projectiles créant des ravages considérables aux murs et meubles de l’église. La cohorte se disperse mais reste très agressive !
Le pigeon a définitivement montré qu’il est dans notre camp et fonce en piquée sur les petits hommes.
Culbuta, expédie les convives restants à coups de pieds au … (ah pis, depuis quand je suis prude) cul pour leur éviter le pire et revient se joindre à la mêlée.
Le prêtre s’est libéré et crache de sa bouche et de sa plaie à la gorge deux flammes (!! de plus en plus intéressant). Popol avale la première et sa femme la deuxième. Ça ne sent pas très bon mais je crois qu’ils vont encaisser.
Je lance une statue sur le crâne du prêtre qui se met à cracher son feu vers K’pa et la demi-douzaine de nains qui l’assaillent. Les barbes prennent feu. Elle rote des clous dont le fer fond sur ses ennemis. Elle se prend des coups de nunachakus, sur les jambes, les bras et les épaules. Avec grâce et agilité elle se penche rapidemment pour éviter la seconde flamme. Un nain avec un genre de super-casque lui saute la tête la première au visage. Déjà inclinée qu’elle était, elle tombe… comme la tour de pise rendant son dernier souffle.
Le nain s’élance alors à toute jambes contre un mur et se donne un élan qui le propulse à quelques mètres dans les airs. Il attrappe par les pattes le pigeon qui malmenait ses amis. À l’atterissage, il lâche l’oiseau et lui cogne les deux ailes de ses mains à plat comme dans les films de kong fu… ça tranche ! Du jamais vu ! Un pigeon-tronc. La famille s’élargie.
La pauvre bête s’enfuit d’un pas décidé (c’est boiteux, je sais mais) sous un des bancs renversés par l’explosion d’une grenade égarée.
Je regarde autour de moi et je vois au ralenti la scène cauchemardesque. Les rideaux et les barbes en flammes. La pierre, le plâtre et le marbre dévastés. Le sang sur les camisoles déchirés des enfants de coeur. Mes alliés hors d’usage ou se débattant tant bien que mal. Les armes au sol et le prêtre fou tenant sa gorge fumante.
Il n’y a qu’un moyen de faire stopper l’affaire : attaquer le chef de la bande ! Je fonce vers le nain au casque. Comme s’il avait eu la même idée, il fait de même. Chef contre chef. Couvre-chef contre .. (est-ce que j’ose?)… couvre-chef (Yé!).
Je place mes deux mains à la base de mon super-casque, me baissant de plus en plus. Mon vis à vis fait pareil. À quelques mètres de distance, je ferme les yeux et m’envole littéralement à l’horizontale.
En une fraction de quart de seconde, je pense au choc à venir, j’espère qu’ils n’ont pas acheté de la camelotte, je pense aux pensées du nain et (si on se fie à Lord of the rings) à leur savoir faire en matière d’armures.
CRRAAKCKCK!!! Ma tête ! Je me relève à demi-conscient. Nos deux casques sont brisés sur le sol, reliques de cette hécatombe, mais le nain ne bouge plus. J’ai gagné!
Je regarde autour mais contre toute attente, les autres ne fuient pas. Il ont même l’air plus enragés.
Un d’entre eux essaie d’attrapper le pigeon dont la cachette a pris feu. Un autre tire à lui seul le corps inerte de K’pa vers le brasier de bancs d’église. Les troncs sont dos à dos, encerclés et repoussent à peu près les attaques mais perdent graduellement du terrain.
Voyant cela, je devrais être complètement abattu mais je prends une grande respiration et sens venir un deuxième souffle de vie, une énergie pure, probablement divine. Mes muscles sont frais, ma conscience tranquille.
Je relève mes manches, me crache dans les mains, je saisis par la barbe le premier nain passant à portée et je commence à réaliser un fatasme universel et ancestral de l’humain : jeter des nains méchants hors d’une église en flamme en les battant avec un autre nain en le tenant par la barbe !
Ceci étant fait, je récupère mes amis qui se remètent de leurs émotions. J’envoie Culbuta annoncer aux convives que l’orgie devra se faire sans nous, ce qui n’est pas sans leur déplaire mais qui, au bout du compte, est tout de même mieux qu’une annulation.
On profite de l’acalmie pour tenir conseil dans les décombres fumants.
- Que disait le papier ? m’enquis-je auprès de Popol.
- Attention au prêtre, il est dangereux…
- Sais-tu d’où vient le message ?
- Comment-tu veux?!
Il a pas tort. Je commence à leur expliquer que j’ai reconnu le prêtre et comment j’ai reconstitué l’histoire de tous nos ennuis.
Dans toute ma magnanimité, je vous explique aussi pour vous garder dans le coup. Écoutez sagement et forcez vous les méninges…
Les problèmes ont débuté le jour suivant l’entrevue pour mon accolyte. J’ai jeté mon dévolu sur Popol et il s’est fait attaqué. Ce jour là, j’ai retrouvé 500 numéros de téléphone mais je n’ai pas bien compris de quoi il en retournait. Peu à près que Popol ait été mis KO, je m’associe à K’pa et elle se fait aussi attaquer et on se fait enlever par les frères Twins. Vous me suivez. Depuis les embuscades se succèdent. Échecs lamentables peut-être, mais c’est dangereux tout de même.
Je n’arrive pas à saisir le rôle exact des frères twins dans l’histoire. Peut-être même qu’ils agissent pour leur propre compte, mais le cracheur de feu et les nains sont venus à l’entrevue et je serais prêt à parier le Taj Mahal contre un duplex à Laval que les 500 numéros sont tous des candidats de cette journée là.
Par chance pour vous, on est pas au bout de mésaventures (mes aventures, c’est commme vous préférez).
Mister Boy, c'est un égo grand comme ÇA dans des souliers trop petits... With Great Powers come Great Catastrophies. Dernières publications : Voter stratégique contre les conservateurs, Le sang dans les voiles et Quatrième tournée. Voir tous les articles par Mister Boy
