Tandis que derrière nous, le quai s’éloigne à une vitesse effarante, le navire Grimaldine droit devant retrouve les proportions qu’il avait lorsqu’on en fut éjecté.
Et à mesure que nous gagnons du terrain remontent en moi, la honte de m’être fait berner, la rage de m’être fait berner et la soif de vengeance après m’être fait berner. Le tout ne pouvant être exprimé aussi clairement à voix haute que par écrit, je le résume par un « AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!!! » de super-héraut exulté par ma gorge virile et puissante, rapidement harmonisé à la tierce (la quinte, ou la septième mineure, qu’en sais-je ? je ne suis pas les Beatles) par un second « AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHH! » dont K’pa pourrait s’enorgueillir si elle n’était déjà tant occupée à exprimer ses propres envies meurtrières.
[À ce stade-ci du récit, si vous n’y comprenez rien, il conviendrait de reprendre du début cette épique série d’aventures. Si vous préférez avancer aveuglément comme Stevie Wonder dans le métro de Londres, je vous en conjure : « Please, mind the gap ».]
Notre yacht parvenu à la coque du Grimaldine, nous nous lançons dans un abordage à faire pâlir Obélix et son petit sidequick à moustache.
Sur le pont nous attendent une dizaine de pirates dont chacun est à quelques détails près une copie du précédant tant et si bien que l’on peut se livrer à une petite game de « trouver l’erreur » en les observant. Ici, un bouchon de liège est fixé à la pointe d’un sabre. Là, un monocle remplace l’oeil de pirate. Ailleurs, un pélican se dresse une épaule à la place d’un perroquet. Et encore : un chapeau de capitaine avec un journal de montréal en origami, un ponpon de cheerleader à la place d’un crochet, un joli Gaëtan au lieu du Jolly Roger, une colone de marbre au lieu d’une jambe de bois, etc… et malgré tout, ils nous attendent de pied ferme.
K’pa donne le ton à l’assaut en rotant des clous (savez-vous roter des clous, à la mode…), envoyant les perroquets se ficher un à un le long du grand mat, décorant les voiles de fines gouttelettes rouges et de plumes multicores. Le totem est ensuite coiffé par la tête du pélican dont K’pa tient encore le corps giglant comme une bouteille de mousseux dans la chambre d’une équipe sportive victorieuse (de votre choix). Cependant qu’elle asperge copieusement les pirates du sang du volatile, je courge me saisir de l’ancre du navire.
La chose en main, je sépare la partie incurvée de la partie droite reliée à la chaîne (voir le schéma ci-contre)de manière à me fabriquer un boomerang de 2344 livres. Je balance ensuite mon arme de fortune qui frappe de plein (piètre vocabulaire, mais allons-y pour) fouet la tête du premier antagoniste.
Dès lors, j’attends main tendue que me revienne cette copie géante d’artefact australien mais, dû à une fabrication bâclée ou à son poids inusité, l’objet poursuit sa trajectoire rectiligne et n’est arrêté ni par les têtes ni par les dents si bien qu’à l’instar de Free Willy, il termine son voyage dans l’océan, nous laissant sur le pont avec, à l’instar de Rambo, une bouillie de cadavres et, à l’instar de Pamela Anderson, quelques corps gémissants.
Sans égard pour les survivants,nous nous précipitons dans la cabine du capitaine. Vide ! On fouille la pièce pour trouver rapidement la rançon qu’on nous avait dérobé et le commandant second recroquevillé au fond d’un tonneau.
Pour le punir de s’être caché, je le claque d’abord avant de lui balancer cette phrase que vous avez pu voir dans les previews (feignez la surprise) :
- Je vous le demande pour la dernière fois (c’est aussi la première mais on sauve du temps) : où est Culbuta ?
- Mais puisque je vous dis que je ne le sais pas!!
- Et Old Stinky ?
- Mais puisque je vous dis que je ne le sais pas!! (ma claque lui aura embrouillé l’esprit).
Bien décidé à ne pas entendre une troisième fois cette réponse qui, vous en conviendrez, ne m’avance guère, je prends sous mon bras le tonneau et son contenu et retourne sur le pont pour réfléchir à la suite des choses.
À la vue des restes de ses camarades, le contenu du tonneau pâli sensiblement (3 teintes en une seconde, je doute que votre blanchisseur de dents en fasse autant).
« Toujours soucieuse d’occuper ses temps libres, K’pa entreprend de trier les bons des mauvais corps… les premiers se distinguant des seconds par le cri qu’ils émettent lorsqu’on les cogne contre le bastingage. Les bons seront mis dans une pile pour être utilisés ultérieurement, les mauvais balancés illico dans la mer, au grand plaisir de la faune locale. »
Ayant décrit à voix haute le processus, je m’enquiers auprès du gus dans le baril :
- Alors mon cher, vous joindrez-vous à l’équipe des bons ou des mauvais ?
- NOOOOOOON !
- Non quoi?(vous comprendrez que je ne comprenne pas sa réponse…)
- Il est partie la rejoindre sur l’îîîîîle !
- Quoi ? m’entêtai-je avec flegme.
- L’îîîîîle, voici la carte ! La carte !
- Mais diantre, répondez à la question.
- L’équipe des bons !
- Ah.
Sur quoi je le balance dans le charnier où il est accueilli par quelques « aïe! » peu enthousiates et un bruit de soufflet partiellement obstrué.
Je déplie la carte et je suis navré de constater qu’elle est effectivement marquée d’une croix en dessous de laquelle on a écrit « repaire de pirates ». J’en viens à me demander si l’on ne veut pas me faire mourir d’ennui.
Je laisse le yacht et la carte à mon accolyte pour aller chercher les renforts. Je plonge pour me rendre à la nage et de mémoire au lieu désigné.
À une vitesse de 5 exposant 23 noeuds, j’y serai pour le début du prochain chapitre, sinon vous commencerez sans moi.
Mister Boy, c'est un égo grand comme ÇA dans des souliers trop petits... With Great Powers come Great Catastrophies. Dernières publications : Voter stratégique contre les conservateurs, Quatrième tournée et sillon. Voir tous les articles par Mister Boy