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L’église magique

par Föv Tuchte

Tu m’attendais à la cuisine.

Je suis entré et tu dînais avec ton père, sa conjointe et ton petit frère. J’ai terminé le repas avec vous. L’ambiance était amicale. Tu restais dans une maison aux allures de celle que tu habites présentement, mais celle-là était plus grande et avait un sous-sol.

Je me suis rendu à la salle de bain qui était au sous-sol. Je t’ai attendu derrière la porte et tu es venue m’y rejoindre quelques instants plus tard. À l’abri des regards de ta famille, on s’est embrassés longuement.

« Je vois tes fesses! » avais-je dit à ton frère alors qu’il s’était rué sur la toilette sans nous voir, tout en baissant son pantalon. Nous nous aimions. Ce n’était plus vraiment un secret pour personne.

Nous avions quitté ta maison et passé la soirée à faire je ne sais plus trop quoi. J’avais cligné des yeux et nous étions déjà sur le chemin du retour. Je t’aimais tellement.

Nous rentrions à pied, j’étais fatigué et tu étais toujours aussi joviale. Je me rappelle de ta main qui tirait la mienne le long des rues et des ruelles. Tu t’es arrêtée devant un gros bâtiment.

« C’est l’église magique. »

Tu avais prononcé ces mots tout naturellement en grimpant les dernières marches du parvis. La bâtisse était énorme et délabrée. Pleine d’immenses pièces qui débouchaient les unes dans les autres par des grosses portes que tes mains délicates ouvraient sans problème. Des moulures de bois ornaient la plupart des murs. Je t’ai pourchassé dans cet endroit un bon moment. Je t’attrapais et tu me récompensais d’un baiser.

Tes lèvres. Sucrées.

Tu es entrée dans une pièce et j’ai entendu le bruit de tes pas s’arrêter subitement. Je suis entré et j’ai constaté, comme toi, qu’il y avait déjà six hommes dans la pièce. Six prêtres de l’église magique. Vêtus de costumes monastiques étranges. Debout au centre de la pièce, l’un des prêtres parlait. Les autres l’écoutaient. Assis. En silence.

Ils nous ont salué et invité à nous joindre à la conversation. Je me suis avancé et j’ai tout de suite pris parole. Naïvement, j’ai questionné les six prêtres au sujet de leur église. Tout ça était peut-être arrogant. À cette époque, j’étais plutôt culotté. Je te sentais près de moi. J’étais confiant.

Puis, j’ai voulu leur suggérer, pour le divertissement, que j’étais ce Messie. Que moi, j’étais cette réification de leur Dieu.

Mais soudainement la tête me tournait. J’ai cligné des yeux et j’ai vu que tu tentais de me parler. Je t’entendais à peine. Les prêtres me regardaient. Silencieux.

Mon corps s’enfonçait dans le plancher.

La dernière chose dont je me souvienne, ce sont tes doigts qui glissent des miens.

Troisième d’une famille de quatre enfants, Föv est en fait une des tétines de Paul Francoeur. Dernières publications : There is a light, Rectal duplication et Digression horoscopale.... Voir tous les articles par Föv Tuchte

commentations

Tesos – 2008.08.19 12:41 PM

salut,

J aime beaucoup,l impression de lire un reve.

Föv Tuchte – 2008.08.20 1:54 PM

Salut,

Merci pour le commentaire. Je suis un peu pas mal démasqué en fait. Comme beaucoup de mes textes, celui-ci est directement inspiré d’un rêve que j’ai fait. Je suis content de voir que l’impression se rend jusqu’à toi.

Mister Boy – 2008.08.26 8:36 AM

j’ai pas le temps à matin mais je repasse bientôt.
Mister.

Föv Tuchte – 2008.08.26 8:27 PM

À bientôt.

Mister Boy – 2008.08.27 8:45 AM

J’aime ce que je lis mais j’en aurais pris beaucoup plus. On dirait le prologue d’un livre ou tout au moins la première page d’une nouvelle…

… mais j’aime définitivement ce qui est là!

Föv Tuchte – 2008.08.28 7:25 AM

Merci bin capitaine Boy.

En effet, le coït interrompu est toujours « fatigant », même quand c’est l’effet désiré…

Doright – 2008.09.01 9:39 AM

Bon teaser. Perso, j’enlèverais (mais le remplacerais par de quoi d’autre) :

« Je vois tes fesses !  » avais-je dit à ton frère alors qu’il s’était rué sur la toilette sans nous voir, tout en baissant son pantalon.

La toilette ne me dérange pas, c’est même intéressant pour le texte, c’est juste que je ne comprends pas l’intérêt de ce bout précis cité ci-dessus. En fait, oui et non, mais l’étrangeté du mélange toilette versus « bel amour » est déjà présent sans que ça ne soit nécessaire d’aller jusqu’aux fesses du (p’tit?) frère.

J’aime beaucoup le rapport au corps, la sensation du point de vue de la perception :le clignement des yeux, les lèvres sucrées, les mains délicates, le corps qui s’enfonce…

Tout cela est, effectivement, très onirique, très symbolique. Ce sont les sphères de ton univers de création. Te connaissant, c’est un éternel défi pour toi que de rendre le symbole tel que tu le ressens, sans pour autant le plaquer. Pour ce texte, c’est bien parti je trouve, mais la limite est proche.

Enfin, tout comme Mister Boy, j’aurais bien aimé que ça continue pour aller au bout du voyage. Tu finiras par être un créateur de science-fiction mon Föv, et ce n’est pas du tout négatif comme commentaire; moi-même je suis un fervent de ce type de nouvelles/romans.

Très bien, indeed.

Föv Tuchte – 2008.09.07 10:58 PM

Je n’ai rien contre la science-fiction en soi mon cher Doright.

Merci pour ces commentaires.

K – 2008.09.08 11:24 PM

C’est drôle, moi j’aime bien la ligne des fesses. Parce qu’elle est dite spontanément dans le récit, elle rappelle la surprise de la chose. Un bris de rythme. C’est insicif et les rêves sont marqués d’évènements qui font boum ou pouf. (Mon impression)

Etchmiadzine – 2008.11.18 11:40 PM

On marche les yeux bandés et on te suit pas à pas.

Föv Tuchte – 2008.11.19 6:09 PM

Merci, commentaire gentil qui est très apprécié.

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