Ça toujours été spécial avec Grospet. Grospet y’était comme jamais sûr. Pas sûr qu’il est bien là, pas sûr qu’il va attaquer, pas sûr qu’il va bouger, pas sûr qu’il a faim, pas sûr qu’il va se rendre en haut du réfrigérateur. Pas sûr qu’il est un chat…
La première fois que je l’ai vu Grospet, j’ai fait le saut.
Quand j’étais petit je me disais que quand j’serais grand j’aurais un chat, mais qui fait des trucs comme un chien. Qui me suit comme un chien. J’ai eu Grospet.
Tardivement, on avait adopté l’expression « Quel homme ce chat! ».
J’ai probablement été un peu trop papa-poule des fois, mais quand même, Grospet ça toujours été un douillet. Bienheureux et comblé dans la tranquilité. Faut pas trop le déranger, sinon Grospet il s’en va.
Je l’ai déjà vu jouer à cachette ce chat-là. Plus qu’une fois… Il avançait lentement dans le corridor pis il essayait de nous surprendre en entrant rapidement dans les pièces. Il nous a fait rire souvent Grospet. Il était drôle, même un peu idiot sur les bords…
Grospet il était vraiment soyeux. Quand on touchait à sa poitrine, juste un peu en haut de ses deux pattes avant, là où il y aurait eu une crinière si Grospet avait été un lion, c’était tellement doux que c’était comme si on touchait rien. Comme si on touchait de l’air. C’était Fluffy Puffy.
Il mangeait comme un ours. Il suivait comme un chien. Il jasait comme un humain et il se laissait flatter comme un chat.
J’ai vu sa mère une fois. Elle avait les mêmes taches noires et blanches que lui. Ils étaients pareils.
Grospet fallait le flatter fort. Le gratter fort. Il venait les yeux dans la graisse de bine, il se faisait aller les pattes d’en avant, sa machine à ronrons partait pis il se frottait la tête sur notre menton.
Je pense sérieusement que Grospet savait où était le vide. Je veux dire, il fixait tellement rien ce chat-là. Ça se peut juste pas qu’il ait été tout ce temps là à fixer rien. Il avait trouvé l’endroit précis où le vide était. Juste un peu en haut à gauche. Pis il le fixait. Avec ses grands yeux jaunes. Il contemplait le néant. Le néant lui renvoyait bien.
À un moment donné, il a pogné une patente, une allergie. On le rentrait pour le soigner, mais quand il était dans maison c’était pire. Il se grattait tout le temps. Au sang. Plus je le gardais en dedans, plus il se grattait. Quand il sortait, il voulait plus rentrer.
Après un bout de temps, je me suis dit qu’il était assez grand. Qu’il savait ce qu’il faisait. Je lui ai fait confiance, je l’ai laissé décidé. J’ai ouvert la porte et je l’ai laissé partir. Je l’ai laissé dehors. Tout le temps. Il revenait pas. Il devait manger ailleurs. Je l’ai vu autour pendant quelques jours et il est parti.
Je ne l’ai plus revu.
Des fois je croise des chats qui lui ressemble ou j’entends un miaulement qui me fait penser à lui, mais c’est jamais Grospet. Ça ne sera plus jamais Grospet.
Ça serait peu probable que Grospet soit un peu dans chacun de ces chats que je croise. Une chose est sure par contre, il leur a déjà senti le trou de pet.
Troisième d’une famille de quatre enfants, Föv est en fait une des tétines de Paul Francoeur. Dernières publications : L’église magique, There is a light et Rectal duplication. Voir tous les articles par Föv Tuchte