Dans ma tête de mouche, tout est grand. J’irais jusqu’à dire grandiose.
Un rien m’émerveille et je voudrais tout pouvoir vivre en même temps. Ma vie est éphémère, comme celle d’un insecte. Et comme une mouche, je vole. Voilà mon problème.
Ce n’est pas ma faute, j’ai toujours été plus vite que tout le monde.
J’aurais aimé ça être une vraie mouche, mais ce n’est pas le cas. La différence entre cet insecte-là et moi : je pique et pas elle.
Piquer c’est voler, tout le monde le sait.
Je ne vole pas toujours, les policiers me coupent parfois les ailes, juste pour le plaisir. En fait, la seule chose que j’ose voler, ce sont les bonbons en vrac dans les dépanneurs. Je le fais sans m’en rendre compte des fois. C’est pas compliqué, j’en pique depuis que je suis un asticot.
Je suis une vraie bibitte à sucre.
« Donne-moi du sucre et je te dirai qui tu es » ou du moins…qui tu étais avant que je mange tous tes bonbons !
Je me trouve tellement drôle des fois.
J’aime rire. J’aime vraiment rire. Ce que je trouve le plus marrant, c’est quand rire me fait pleurer. Là, c’est que c’est vraiment drôle.
Mais je ne ris jamais quand je pleure.
Mon côté mouche sait ce qu’il veut. Et quand je veux pleurer, je ne veux pas rire. Il n’y a rien de plus à dire sur le sujet. C’est clair ?
La clarté n’est pas un cube. Ni même un carré ou un cercle. C’est une seule dimension, une ligne droite. Le départ c’est moi et la fin, c’est où ce ne sera plus drôle. Je fais tout pour m’amuser alors il n’y a pas de danger, je ne me ferai pas écrasée de sitôt.
Mon intuition, mon pif comme dit mon père, je l’ai développé. Quand il y a du sucre dans les parages, surtout du chocolat, je le sens à douze kilomètres à la ronde.
J’aime le nombre douze. On peut faire toutes les opérations mathématiques avec ses chiffres et le résultat est toujours ou presque le même : un ou deux.
Un plus un égale deux. Un multiplié par deux égale deux. Deux moins un égale un et deux divisé par deux égale encore un.
Et ainsi de suite.
Les mathématiques ne me donnent pas la nausée. Le sucre non plus.
Mais La Ronde, oui.
Cette place de fous a déjà passé proche d’être le bout de ma ligne, parce que là je ne riais pas du tout. J’ai failli mourir effoirée dans ma flaque de vomi ! J’aurais laissé un beau souvenir de moi… la pire conne. EH ! Minute ! Je l’ai déjà dit, je sais ce que je veux.
J’ai pas envie d’avoir l’air conne, même une fois morte.
Le seul désir que j’ai en ce moment, c’est le Gars à l’autre bout du divan. Je suis peinarde, au beau milieu d’un party malade sous l’influence de… je ne sais pas trop comment ça s’appelle. C’est pour ça que je vole du coq à l’âne en disant des trucs bizarres…
Je suis deux rues en arrière de chez nous, chez Jack. Saoul comme une botte, il ronfle dans un coin. Je ne connais personne d’autre, mais je m’en fous. Du techno bourdonne dans mes oreilles et le spleen est bon. Drôlement bon. Mes yeux ne se suivent plus trop et mon corps a envie de se faire dévorer comme une dinde à l’Action de Grâces.
Il est tout chaud.
Ce Gars-là m’émoustille comme c’est pas possible : il a l’air du Roméo arrogant pas intéressé pour deux sous par une fille comme moi. Son petit air nonchalant résonne comme un défi dans le creux de mes pupilles dilatées. Et les défis, mes pupilles arrivent toujours à les gagner.
Elles aussi savent ce qu’elles veulent. Elles sont effacées le portrait insignifiant de Joseph et là, elles dévorent celui du Gars.
Faut que je les calme. Je les cache sous mes paupières.
Le Gars est tellement le sucre dont j’aurais besoin en ce moment.
Si je ne me retenais pas, je le poursuivrais jusque dans une ruelle pour le piquer. Il n’y a rien de meilleur que du nectar tout chaud pour lequel on a travaillé longtemps, dans un endroit crotté. Le petit air bum du Gars me fait craquer, je vais m’écraser dans un mur si je ne l’ai pas.
Je vais me rapprocher, histoire qu’il voit que je suis encore capable de discuter, que je ne suis pas n’importe quoi dans n’importe quel état n’importe où.
Débile. Le Gars sent la même chose que mon père. Je deviens un chocolat au soleil et fonds à ses pieds. J’ai toujours été malade des gars comme mon père. La barbe de quelques jours, des yeux bleus brillants d’intello, le look anarco-artistico-bum.
Il fait exprès ou quoi ?
Je me lance dans le feu et brûle mes ailes à lui. Je suis vraiment on fire.
- Salut ! On s’est pas présentés… Alexandra. Mais appelle-moi Alex. C’est plus sweet !
- Tu m’niaises-tu ? C’est vraiment weird ! Moi c’est Alexis. Ou Alex pour les intimes…
Malade ! On s’appelle pareils.
C’est clair, l’au-delà m’envoie des signaux lumineux.
Il me permet de devenir son intime en plus ! Cet Alex est un bonbon tombé du ciel. Je vais le taquiner avec le jeu de la séduction. C’est clair qu’il fonce direct dans le panneau.
Mon panneau.
- Tu étudies en quoi ? Si tu es étudiant… Attends ! Laisse-moi deviner.
Euh… je gagerais sur… musique ?
- HA ! HA ! T’as visé en plein dans le mille. T’es forte. J’pourrais pas gager en quoi t’étudies, mais t’es sûrement en première année… J’me trompe ?
- Non… Je suis la petite fille partout…
- T’as quoi… vingt et un ans ?
- WOW ! Merci ! Tu es bien le premier gars qui me donne en haut de quinze ! Anyway, j’ai juste dix-huit … Pis toi, vingt-quatre… ?
- Vingt-sept.
- Ayoye. Je pensais pas que tu étais si vieux !
C’est à ce moment-là que les belles petites fesses moulées dans ses jeans décident de s’envoler. Je pense que je viens de scrapper là toutes mes chances.
Je vais dégobiller toute ma soirée, c’est clair.
Mégabuzz. Où est parti mon Roméo ?
Je capote, ma tête prend des proportions de piñata. Je vois des policiers emballés partout. Le genre de policiers qui t’arrêtent pour avoir volé des bonbons comme une mouche.
Facile à taper.
Ça fait mal en maudit se faire pincer par une tapette de même.
Je prends la poudre d’escampette, la plus sucrée, et atterrit dans la cuisine. C’est relax. Les ampoules grillées font une ambiance tamisée, quasiment intime.
Intime comme dans Alex puissance carrée.
Le carré a justement le nez dans le frigo, à chercher deux bières encore vierges. Ce Gars-là pénétrerait mes yeux avec l’azur des siens et je m’évanouirais pour aller baver sur ses baskets.
Rouges, les baskets.
Comme le feu qui boue en moi en ce moment.
Je veux tellement être sa princesse, qu’il me monte comme son cheval blanc. Galoper tout collés au milieu un champ de marguerites.
J’ai envie d’une montagne de nectar sucrée.
Une cabane dans la forêt pour une aventure renversante.
Mon prince débouche une bière froide et me la glisse dans une main. Ça y est, j’ai compris.
Il sait ce qu’il veut. Moi.
Lui et moi, nus.
Tant pis pour Joseph.
Je pique des jujubes qui traînent sur le comptoir pour me redonner du pep. Je vais en avoir besoin, je le sens, ça grésille en dedans.
Je suis chaude, gelée, ivre, buzzée. Ailleurs.
Alex, Xela.
Un nom de prince digne d’une belle mouche à fruits comme moi.
- Suis-moi, qu’il me murmure dans le blanc des yeux.
Je suis junkie. Je ferme les yeux pour mieux apprécier son chant.
Le désir en moi monte comme la sève dans l’érable.
Il me tend la main. Je joue à l’aveugle et lui, au chien-guide. On plane au-dessus des escaliers, comme deux mouches peuvent copuler en vol.
Le murmure d’une clef dans son trou.
Une odeur sucrée. Je souris, excitée.
Noirceur grisante. J’ouvre les yeux.
Sur les murs sont épinglés des posters de films. Kill Bill I, Clockworth Orange, The Fly.
Mon film d’horreur fétiche.
Sur son lit, mon corps se déshabille et juste au-dessus, le sien est en pantalons.
La pulpe sucrée de sa bouche sur la mienne.
Des mains baladeuses se promènent de mon cou à mes cuisses. La fly de ses pantalons se détache et puis tout le reste s’envole.
Nos corps complètement nus, déballés.
Des frissons sur tout le corps.
Deux doigts plongent dans ma brioche toute chaude.
Une effluve de sexe me monte à la tête.
Tête fermement tirée par les cheveux jusqu’à son alléchante friandise.
Un gros éclair au chocolat fourré à la crème.
Un condom aux fraises sort de la table de chevet, son emballage disparaît d’une croquée et la saveur se retrouve sur un pénis en érection.
Mon prince me retourne sauvagement.
Je me retrouve à quatre pattes, les fesses collées contre son sexe. Sans plus attendre, il glisse l’objet de désir jusqu’au plus profond de mon être.
À la même seconde, l’air de mes poumons expulse un long soupir.
Son éclair à la crème géant m’a déviergée pour la deuxième fois. Ma brioche a pris un peu trop d’expansion.
Je suis chevauché et mon prince peut partir au galop.
Un bruit de succion accompagnent la cadence. Je suis excitée par son animalité, mais trop buzzée pour faire quoi que ce soit.
Je le laisse faire, mon statut de victime me plaît.
Après seulement quelques va-et-vient, son éclair sort de moi pour tenter de pénétrer mon petit anus. Douleur déchirante et sueurs froides.
Turn-off total. Mon prince vient de se transformer en crapaud.
J’étire mes jambes et coince la bête entre elles pour l’empêcher d’aller plus loin. Mais elle persiste et réussit à enfoncer sa verge au complet dans mon cul.
Ses mains se retrouvent sur mes seins, qu’elles pétrissent trop fort.
Je dégrise d’un seul coup.
Je hurle un terrifiant « ARRÊTE ! » qui ne l’encourage qu’à continuer.
Une vraie brute. Un monstre.
Des larmes coulent sur mes joues et du sang coule sur mes cuisses. Il va et vient en moi aussi sauvagement qu’un cheval fouette les mouches avec sa queue.
Poussée à bout, je lui décoche des coups de poing avec toute la force que je peux y mettre. Malheur.
Il n’est pas juste sadique, mais aussi masochiste. Plus je le frappe et plus la vitesse de sa bestialité s’accentue. Je ne sais plus quoi faire. Je crie, en espérant qu’il aie peut-être un coloc moins cinglé que lui.
Rien.
- Personne ne t’entend sauf moi, qu’Alexandre me dit bêtement à l’oreille avant d’y faire pénétrer sa langue.
Le supplice est de trop.
Avec une surdose d’adrénaline et de détresse, je le pousse le plus fort que je peux.
Je suis enfin libérée de son crochet.
Tombé par terre, il s’accroche à mon bras pour se relever. J’ai le temps de prendre mes vêtements qui traînent un peu partout. Il se positionne derrière moi et essaie encore de m’enfoncer son pénis dans le cul. D’un regard effroyable, il me lance :
- J’ai d’la crème fouettée, si c’est juste ça qu’i’manque pour que tu trouves ça l’fun.
Mon pied se retrouve illico dans son ventre pour le repousser sur le sol. Je m’empare de mes vêtements et de mes souliers puis fuis à l’extérieur de sa chambre. De peur qu’il ose me rattraper jusque dans le hall de l’immeuble avec sa crème fouettée, je sors dehors.
En costume d’Ève.
Un chien arrose un poteau et me regarde avec un drôle d’air.
Je me fous du monde entier.
Je m’habille en vitesse puis file, le derrière en feu, jusque chez moi.
Mais qu’est-ce qui vient de se passer ?
Fuck. Mes clefs ne sont pas dans ma poche.
Elles sont restées à côté du lit. Je n’y retournerai sûrement pas.
Ah et tant pis. Ma coloc ou Joseph doivent être là.
Toc Toc Toc Toc !
Rien, merde.
Ils dorment toujours comme des bûches, ces deux-là.
TAC TAC TAC TAC TAC !
On ne sait jamais, peut-être que la porte va s’ouvrir d’elle-même.
Le soleil pointe son nez entre les buildings. Je me demande il est quelle heure. Mon corps ne me répond pas et tombe accroupi au pied de la porte. Je suis épuisée, mais je dois vraiment aller chercher mes clefs, sinon Alex pourrait entrer n’importe quand chez nous. Je ne veux surtout pas que ce crapaud gluant-là puisse se faufiler entre mes draps.
Ma dépouille se lève et refait à l’inverse le chemin qu’elle vient de survoler. Mon poing frappe la porte d’Alexis. À voir son érection et le sourire au coin de ses lèvres, il se doutais que je reviendrais.
Mon trousseau de clefs pend au bout de son index.
Un chat noir au fond de la gorge, je réussis à articuler :
- Mes clefs…
- Tu partiras pas tout d’suite chérie.
- Heille le con ! Donne-moi mes clefs.
- J’ai pas encore eu mon bonbon alors j’te donne pas tes clefs tant qu’j’aurai pas joui. Suce-moi.
Christ. J’ai vraiment pas envie de lui téter le boudin.
Il me faut mes clefs. Alex, soit rusée.
- Donne-moi mes clefs et après je vais te sucer.
- J’te watches la p’tite.
Je décroche le trousseau de son doigt et me retourne pour courir vers la sortie. Le centième de seconde se déroule au ralenti, mais je ne suis pas assez vite.
Ou son ralenti l’est plus que le mien.
Il prend mon bras en otage et le tire à lui. Le reste de mon corps suit. Ma bouche se retrouve sans mon consentement sur son pénis nu à saveur de restant de fromage aux fraises.
Hostie que j’ai envie de dégueuler.
Son gros boudin s’enfonce trop loin dans ma gorge et du même coup, ma luette est touchée.
Ça y est, tout le sucre que j’ai pu gobé remonte.
Je dégobille une pâte blanche sur son pénis. Ça déborde sur ses cuisses.
Ma bouche est libérée.
- YASH ! Qu’est-c’est ça ?
- Je peux m’en aller là ?, que j’articule avec de la bouillie acide autour de la bouche.
- Dégage, ‘tite conne !
Je n’attends pas plus longtemps pour m’envoler. Je me rince la bouche avec de la neige plus trop blanche et marche, en me traînant les pattes. J’ai réussi à avoir mes clefs et du même coup me venger. Je suis presque contente.
Le soleil rayonne et pas moi.
J’ai la tête remplie de flash-back désagréables. J’ouvre en silence la porte de mon appart et me faufile dans ma chambre.
- Alex ! Ça va ? C’est toi qui a cogné tantôt ? Quand j’ai ouvert t’étais partie. T’étais où ?
Les grands yeux noirs de Joseph.
Ce serait trop compliqué à raconter, alors je ne dis rien.
Je me lance tête première sur mon lit. J’ai le cul à vif, ça brûle.
Joseph se couche en cuiller derrière moi et me caresse les cheveux. Je l’entends renifler ses larmes. Il a sûrement compris que j’avais butiné ailleurs, mais il reste quand même, sans poser de questions.
Je voudrais tellement l’aimer autant qu’il m’aime.
J’ai compris le grand problème de mon existence. Il n’y a pas juste des mouches noires comme moi, qui volent du sucre de temps en temps. Il y a la chaîne alimentaire au complet au-dessus. Les mouches se font manger par des crapauds comme Alex. J’ai halluciné son charme, léché ses pustules j’ai perdu la tête. Je m’endors avec le sentiment de flotter dans le néant, loin de moi. C’est terrible comme sensation.
Une chance que j’ai le réconfort de Joseph.
Je suis allée jusqu’au bout de ma ligne. Ce n’est plus drôle.
Je suis tellement conne des fois.
La petite mouche à merde qui était au fond de moi a été gobée tout rond par un maudit gros crapaud.
Je suis franchement désolée, Joseph.
Et même si cela ne paraît pas, je t’aime, moi aussi.
L'Enfant gazouille, babille, bamboche et galope avec ç q y p g j et tout ce qui a des pattes. Dernières publications : Du toi au nous, je te haimes., comme un ballOn et PM22. Voir tous les articles par L'Enfant