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Compensation sonore

par Doright Ofbut

De sauvages pensées recouvrent parfois toute rationalisation. Quand vient le temps de porter mon attention sur les aléas de mes actions quotidiennes, la mélancolie s’empare du temps, le prend, le compacte et le condense en des conjonctions d’émotion dispersées de façon à m’empêcher d’être utile pour moi-même. Dans ce contexte déséquilibré s’interpose la musique presque omniprésente et immédiate et je ne peux qu’être assujetti aux cantabiles postrock qui envahissent mon espace sonore. Ainsi, mon esprit vogue dans une voie lactée lyrique.

Le casque d’écoute masque les dissonances et les discordances, les schproums limitrophes de mes voisines de palier et d’amont. Je suis dans les feux de l’arcade ou au sommet de Zion, je suis loin dans le ciel au cœur d’une explosion. La musique me transporte dans les profondeurs de mes passions ou en pleine contemplation.

Dans la ville se réfractent mes perceptions et j’entrevois alors les étrangers comme des ectoplasmes, des spectres sans ambition. Mes pas connectent à la terre, fusion de l’être et des choses. Crie dans mes oreilles un violon embrasé par de longues exaltations. Quelques fois, des femmes ont une voix distordue et les guitares vocifèrent des paroles intuitives. Des sons trash crachent de la distorsion, évoquent en mon esprit un flot de violentes déclamations. Par l’effet cathartique du punk garage, le gore de mon inconscient trouve une échappée diurne. Je deviens heureux, calme et ouvert à la discussion.

De retour dans l’antre silencieux de mon appartement, de sombres courants électroacoustiques persiflent les bruits de mon environnement. Doucement, tranquillement je retourne à l’écoute attentive. Mes pensées éparses n’ont plus de préhension. J’éteins tout et réintègre mes occupations. Mes actes ont maintenant toute mon attention.

Doright vit dans un réseau chaotique, où chaque lien est clair entre des éléments flous. Il tente la perspective, ce qui l'empêche d'être au centre. Enfin, sa vie a changé quand il s'est acheté un lave-vaisselle. Pour en savoir un peu plus et voir mes photos. Dernières publications : PM10, PM07 et PM01. Voir tous les articles par Doright Ofbut

commentations

Étienne Després – 2006.01.01 10:53 PM

Je lis ça justement comme je suis en manque de musique, tentant vainement de télécharger Microphones in the trees (version ASMZ + Hangedup) à 2,5 ko/s.

J’ai commencé à vraiment écouter de la musique il y a pas plus de 7 ans, au début de mon cégep. En retard, on pourrait dire. Maintenant j’en suis dépendant. À mon sens, la musique reste le moyen le plus puissant de communiquer de l’émotion.

Rase ta Rate – 2006.01.02 11:48 AM

Tout à fait d’accord. D’ailleurs, j’adore tout autant le cinéma que la musique et les films que je préfère sont souvent ceux dont la musique vient me chercher.

ë. – 2006.01.02 12:28 PM

Tu décris très bien l’effet de la musique et de son intensité. Belle écriture. J’aime les mots et les descriptions que tu choisis.

Et là jme dis.

La musique c’est un peu comme la voix de la vie.

Rock it.

ë. – 2006.01.02 6:15 PM

Je viens de penser à cette phrase de Nietsche que j’aime bien :

Sans la musique, la vie serait une erreur.

Yéti-Hyène Saint-Prodige – 2006.01.02 6:16 PM

Vous êtes encore là, ë?

ë. – 2006.01.02 7:03 PM

Maintenant, j’y suis.

Yéti-Hyène Saint-Prodige – 2006.01.02 7:17 PM

Zut, encore manquée.

Émilie H – 2006.01.02 11:43 PM

Comme disait Beckett…

"Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’a chanter."

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