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De la fabulation cérébrale basée sur des éventualités possibles
préliminaires

par Föv Tuchte

Je sais, je sais, je ne devrais pas, mais quoi de plus facile que de fabuler sur tout et rien alors que les faits ne sont pas, tandis que la réalité nous échappe et qu’une colonie de chenilles s’établit le temps d’un cocon dans notre système digestif prêt à s’auto-digérer tellement l’attente se fait longue et notre gros bon sens rare ?

Où est la raison quand on a besoin d’elle ? Je vous le demande ! En fait je vous l’ai déjà demandé.

Comment faire comprendre à son cerveau, agacé, excité, titillé, chatouillé et dérangé, qu’il doit se calmer alors que ladite éventualité est là devant vous et qu’elle s’offre à vous comme une rampe de lancement avec un milliard de directions possibles ? Une après l’autre, les extrapolations surviennent et se frottent au limite de l’imagination du sujet en question, en ce moment : moi et probablement vous aussi, et lui, mais pas elle… oh non ! pas elle… et pas lui non plus.

Bref, je ne serai pas bref. Personnellement, je ne vois aucun moyen de calmer ce flot incessant et exciteur diplômé du morceau de muscle électrique qui me sert de moteur vital. Certains iront même jusqu’à dire qu’un petit laid chaud ça replace toujours les extrapolations, mais à chacun son placebo. Mis à part la raison, le calme, les drogues douces, le sommeil ou le miel, bien souvent rien ne stoppe l’élaboration exponentielle de scénarii les plus hurluberlus les uns que les autres sur les situations les plus variées dans les contextes les plus ordinaires.

Comme une traînée de poudre trempée dans le gaz, les pensées s’enflamment et s’activent relativement très très très rapidement (c’était quasiment beau comme figure ça…). Pas moyen de suivre ou de conserver une trace de rien, l’illogique aberrant et absurde détrône la raison rationelle et le gros bon sens au profit d’un stress inutile puis de crises d’angoisse qui nous achèveront probablement tous à 30 ans par une crise d’angine suivie d’une attaque cardiaque et de 27 artères bloquées par une surconsommation de chocolat, le supposé remède des vague-à-l’àmes, si ce n’est pas déjà fait pour certains.

Ce qui est fascinant dans une situation comme celle-ci, c’est la structure, voire la forme, par laquelle nos pensées se manifestent. Il est bien rare dans une situation d’intense fabulations que mes pensées et délires paranoïaques soient formulées clairement et dans un ordre syntaxiquement légal, i.e. sujet, verbe, complément. Souvent, ça ressemble plus à quelque chose comme ceci :

Verbe, Verbe, Verbe, Verbe, Complément, Sujet, Sujet, Verbe, Verbe, Complément, Syntagme inclassable, Verbe, Complément, Complément, Verbe, Verbe, Sujet, Syntagme inclassable, Syntagme inclassable, Verbe, Complément [etc.]*

*(L’échantillon représente environ un peu moins que deux secondes de réflexion fabulatoire.)

À première vue, on note une présence marquée des verbes. Logiquement et la plupart du temps, en employant seulement un verbe, je peux aisément comprendre ce que je voulais me dire moi-même. De plus, on remarque la présence d’instances que je nomme ici les syntagmes inclassables. Difficile à définir ou à décrire, ils ne sont probablement rien de plus qu’une surdose d’énergie générée par un carambolage de synapses et de neurones sur mon autoroute transconceptuelle que je n’arrive tout simplement pas à verbaliser ou même à comprendre étant donné l’incapacité de mes capacités verbo-cérébrales à gérer une telle situation.

En sommes-nous à l’heure d’un Traité sur la rhétorique des fabulations cérébrales basées sur des éventualités possibles? Je crois que oui, mais je n’ai certainement pas le bagage intellectuel ou le temps d’entreprendre un tel ouvrage pour le moment. Donnez moi une dizaine d’années encore et on s’en reparlera.

Cependant et pour l’instant, je vous invite à nous faire part, si vous le voulez bien, du pourquoi et du comment cela se produit chez vous, si cela se produit, bien sûr. Ensemble, nous allons faire avancer la science.

Troisième d’une famille de quatre enfants, Föv est en fait une des tétines de Paul Francoeur. Dernières publications : L’église magique, There is a light et Rectal duplication. Voir tous les articles par Föv Tuchte

commentations

Rase ta Rate – 2005.01.09 11:46 PM

Touché. Mais pas coulé.

Rase ta Rate – 2005.01.09 11:47 PM

Vraiment pas.

Étienne Després – 2005.01.10 12:01 AM

Ces temps-ci, « comme ça » (pochour://article?id=75).

Ma voisine est neurologue – 2005.01.10 12:33 AM

Et elle s’appelle Fabienne. Son téléphone est 874829789. Seul hic , elle est Française.

Föv Tuchte – 2005.01.10 12:53 AM

Ouais, ululer, je connais ça…

Émilie H – 2005.01.10 6:11 AM

Je pense, je pense, je tente de mettre de l’ordre dans le flux instable de mes pensées disparates… Mais voilà lorsque l’on pense à ce que l’on pense on ne pense plus comme l’on pense dans notre état quotidien… Alors comment arriver à démystifier la pensée lorsqu’on ne peut l’analyser qu’en se servant d’elle-même ? Tenter de la prendre par surprise alors qu’elle ne s’y attend pas ? Cela s’avère aussi impossible que de demander à quelqu’un d’organiser son propre surprise-party…

Alors voilà la tâche de sonder la pensée de manière scientifique sera extrêmement ardue… Je crois toutefois au fil de mes tentatives d’analyse de ma pensée que celle-ci n’est pas composée de mots alignés mais bien d’un flot instable de concepts où s’entrecoupent des mots et des idées globales ou extrêmement spécifiques sans être définies nécessairement par des termes concrets. Ici mon hypothèse rejoint donc la tienne, tant pis pour le manque d’originalité.

Reste encore cette évidence que je réfléchis parfois dans des langues qui ne me sont pas maternelles et que je me sers de celles-ci à des fins bien spécifiques, la principale étant selon mon hypothèse pour créer une distanciation par rapport à moi-même. Est-ce un besoin d’une tierce personne qui vienne s’imiscer entre ma pensée normale et moi ? Ou est-ce une autre partie de moi tout simplement ? Appelle-t-on cela dédoublement de la pensée ? Puisque chaque langue amène la réalité d’une manière différente, peut-on rester fidèle à soi-même et intègre tout en changeant constamment de langage dans nos raisonnements ?

Voilà ce qui se voulait mon opinion, mais en tentant de te donner des réponses j’ai malgré moi formulé des questions… À qui on demande ça?

Dieu – 2005.01.10 6:16 AM

On m’a appelé?

Föv Tuchte – 2005.01.10 6:40 AM

Non, vraiment pas… Merci, tu peux retourner te coucher Dieu. En fait, reviens jamais parce que je suis convaincu que tu peux juste nous nuire… Bye.

Föv Tuchte – 2005.01.10 6:45 AM

Comparaison très intéressante pour ce qui d’organiser son propre surprise-party.

On se sacre de l’originalité.. regarde j’écris des mots ! Tout le monde fait ça…

Pour ce qui est du syndrôme de dédoublement de la pensée, je pense le vivre et même jusqu’à 8 dédoublement parfois… Ça doit effectivement relever d’une genre de distanciation tripartiste à tendance pathologique pour mieux se comprendre.

Le changement de langue aussi c’est intéressant en ce qui a trait à la perception complètement nouvelle que ça donne à la réalité et l’interprétation qu’on en fait par la suite…

Merci d’avoir partager.

Étienne Després – 2005.01.10 6:57 AM

Je crois qu’il est très sain d’avoir plusieurs instances de sa propre conscience et de les mettre mentalement en opposition afin d’initier un processus dialectique d’introspection qui ne peut qu’enrichir et fortifier sa propre identité.

Föv Tuchte – 2005.01.10 7:01 AM

Tout à fait d’accord…

Étreinte Moyenne – 2005.01.22 1:00 AM

J’encense l’instance suprême pochouroise, M.Després.

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