Aleena est bien là, malgré elle. Parée de son maquillage, elle sort pour un instant et a déjà hâte de retrouver son chez-soi.
« Ne regarde pas, ne regarde pas, tu tomberas. » Les régions mentales d’Aleena oblitèrent cadeaux et affections des autres, un malaise constant face à l’empathie vue comme une intrusion en soi, centre du monde envahit de projections. « Ne te questionne pas, les autres sont aussi dans leur bulle et sont aussi mal à l’aise que toi à parler de soi. Seule, tu es seule. » Mais pourquoi Aleena sent-elle la bulle des autres quand elle marche dans la rue ?
« Je n’entends rien, je n’ai rien vu, je ne suis pas ici, car tout est loin de moi ». Ce qu’Aleena veut, ses pulsions lui dictent la voie de leur voix psychotique d’enfant. Elle juge sans l’existence. Au-dessus d’elle plane la culpabilité cinglante du devoir et de l’il faut que. C’est ainsi qu’elle se pousse pourtant à agir, car elle s’empresse de ne pas se morfondre sur le coup bien qu’elle regrette de n’avoir écouté que la petite fille et de voir poindre à l’horizon son père de loi, une réalité bien moins éclatante, un mal déjà présagé qui ne l’empêche pourtant pas de commettre des erreurs et d’être farouche dans l’intimité. C’est pourtant ce qui lui permet de vivre. Mais parfois elle s’arrête et voit le monde par-delà ses fantasmes, à travers l’acuité de ses perceptions. Il y a des liens symboliques, de l’énergie fluctue entre les individus ! Épuisée, elle s’endort enfin. Qu’il est dur de penser ! Elle ne veut pas croire à l’inconscient, mais elle y plonge. Le nier c’est le dire.
« Ne me regarde pas, tu me vois, tu vois bien que je ne te regarde pas ! Tu ne peux vouloir de moi, moi qui suis seule. Je suis seule donc tu n’es pas avec moi. » Tautologie et solipsisme se rencontrent et protègent contre l’agression du monde inquiétant de l’étranger. La sensibilité effraie Alenna, ce qu’elle nie en elle-même, elle le voit comme une faiblesse dans ses projections. « Personne ne prendra soin de moi puisque je ne prends soin de personne, je ne cherche pas à comprendre ce qui n’est pas moi, je ne me comprends d’ailleurs même pas, ce que je ne cherche pas à faire. Je me fuis, donc je fuis l’autre ». Moment de lucidité.
« Le monde n’est pas mal à l’intérieur de moi » se dit-elle, « il est à l’extérieur, je ne le veux pas. Je ne suis bien qu’avec moi-même, car même si je ne me comprends pas, au moins j’ai la certitude que je vis ». Le fait surprenant de sa capacité à se représenter le monde tel qu’elle le veut est la preuve de son existence. Un fatalisme devant le réel l’empêche de ressentir de l’anxiété. « C’est ainsi que les choses sont, il faut faire avec, quand je n’aurai pas le choix, autrement je m’en écarte pour ne pas affronter ce qui me déstabilise dans mes certitudes. » L’isolement est sa défense contre l’appréhension de la réalité. Sa vulnérabilité intérieure est refoulée, ses sentiments occultés. Elle se veut invincible.
Elle est attachante, Aleena.
Doright vit dans un réseau chaotique, où chaque lien est clair entre des éléments flous. Il tente la perspective, ce qui l'empêche d'être au centre. Enfin, sa vie a changé quand il s'est acheté un lave-vaisselle. Pour en savoir un peu plus et voir mes photos. Dernières publications : PM10, PM07 et PM01. Voir tous les articles par Doright Ofbut